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TRAVERSES #2 / L'éco-documentaire
à l'épreuve de l'anthropocène

Des faits au spectacle : le documentaire

et le changement climatique

Angi Buettner [*]

Chasing Ice, James Balog, 2012 © Submarine Entertainement - National Geographic

       « Maintenant que vous savez, qu'allez-vous faire ? ». Ce sont les derniers mots du film de clôture du Festival de Cannes de 2015, La Glace et le Ciel (2015). Cannes a décidé de programmer le documentaire environnemental de Luc Jacquet à ce moment précis, à l’issue d’un festival largement marqué par la problématique du changement climatique. Jacquet met en scène dans son film le climatologue Claude Lorius (l'un des scientifiques qui a prouvé que les gaz à effet de serre contribuent au changement climatique) comme un appel aux armes au mouvement environnemental, et comme « un défi face aux négateurs du changement climatique ». [1] Dans cet article, je souhaite aborder cette responsabilité du cinéaste assumée ici par Jacquet, du rôle potentiel du documentaire comme cinéma politique, et de celui du documentaire environnemental dans l'activisme du changement climatique.

 

       On peut dire qu'il y a eu une évolution dans la façon dont les documentaires abordent la question du changement climatique. Une vérité qui dérange (2006), par exemple, révélait une « vérité » de faits et de chiffres - et a été qualifiée de « prototype du cinéma militant » - dépeignant le changement climatique comme l’ultime cause de futures catastrophes. Aujourd'hui, il est généralement dépeint comme une réalité qui affecte déjà la vie quotidienne, comme dans Take Shelter (2011) de Jeff Nichols. Comme l’a dit un critique : « Dans la foulée des documentaires qui espéraient sensibiliser le public en exposant les faits sur le changement climatique sont apparus de nouveaux documentaires montrant les conséquences de notre comportement à travers les images spectaculaires d'un environnement de plus en plus inhospitalier. » [2] La question que je veux soulever à partir de cela est de savoir si le documentaire sur le changement climatique est passé des faits au spectacle, et si cela s'est produit dans le cadre, ou même à cause des tentatives actuelles d’un « cinéma militant ». Pour y répondre, je prends pour exemple le documentaire Chasing Ice (2012). Tout d'abord, parce que James Balog déclare explicitement, tant dans le film que dans les interviews, qu'il veut contribuer à changer l'état d'esprit et le comportement des gens face au changement climatique. Ensuite, parce que la raison d’être du documentaire est purement visuelle et que ses images spectaculaires sont clairement produites pour susciter l'émerveillement. Mon argumentation s'appuie sur deux pistes de recherche. Quel rôle le documentaire, en tant que forme de culture populaire, peut-il jouer dans la production discursive du changement climatique ? Et, comment pouvons-nous évaluer le rôle des images spectaculaires dans cette production discursive ? Je soutiendrai qu’afin de répondre à ces questions, c'est-à-dire d’évaluer l'efficacité potentielle du documentaire dans la communication, le débat, voire l'activisme sur le changement climatique, les cultural studies et les médias doivent développer des questions de recherche et des méthodologies qui prennent en compte les genres, les logiques et les impératifs de la culture populaire.

      Chasing Ice (2012) a connu le succès dans le circuit des festivals de cinéma pour avoir apporté la preuve visuelle que la Terre se réchauffe. « Regardez le changement climatique se dérouler sous vos yeux » [3], promet la bande-annonce. Le réalisateur Jeff Orlowski suit la quête du photographe naturaliste James Balog pour capturer des images de la fonte des glaciers. Balog a passé des années à prendre des photographies des glaciers du monde entier dans le cadre de l'Extreme Ice Survey, qu'il a fondé en 2007. La bande-annonce officielle du documentaire [4] est un support utile pour problématiser le traitement du changement climatique dans la culture populaire. Le message clé du documentaire tourne autour de la question cruciale des preuves visibles du changement climatique, et pourtant, dans la bande-annonce officielle, il n'y a aucune référence au(x) problème(s) du changement climatique en tant que tel. La bande-annonce se concentre entièrement sur le spectacle des images et sur la fabrication du film, avec les dangers physiques et les difficultés technologiques liés à la capture d’images dans un environnement hostile. Le clip est entrecoupé de photographies d'une beauté spectaculaire, encadrées par le clic répété de l'obturateur d'un appareil photo. Les affiches des multiples récompenses obtenues par le film parsèment le récit dont la dramaturgie est portée par plusieurs voix qui racontent la fabrication des photos et du film. Dans la narration du clip, le changement climatique devient un phénomène de grand écran plutôt qu'un phénomène naturel qui modifie notre planète. « Un festin visuel », « visuellement époustouflant », « d'une beauté envoûtante », comme en témoignent les citations de critiques du film qui défilent à l'écran. L'intérêt de ce film, du moins tel qu'il est présenté dans le clip, réside dans la production d'une archive sur le changement climatique, plutôt que dans l'explication des processus le provoquant.

      Lors d'une séance de questions-réponses, Balog évoque les raisons qui l'ont poussé à réaliser ce film : « La communauté scientifique est vraiment intéressante parce qu'elle a des connaissances très étendues. [...] Vous allez à ces colloques scientifiques [...] et vous écoutez les présentations. Ils en savent mille fois plus que le grand public sur des événements extraordinaires qui changent le monde. Le défi consiste donc à être capable de filtrer l’essentiel. Prendre toutes ces informations, les faire passer par une sorte d'entonnoir, et tout en bas de cet entonnoir être capable de les transformer en quelque chose nous permettant de produire de nouvelles histoires et de bonnes images » (Beggs 2012). Un critique de cinéma ajoute : « Bien sûr, le réchauffement climatique est une question difficile à appréhender compte tenu de l’étendue de son échelle [...] et des conséquences de sa méconnaissance. Afin d’y remédier, Chasing Ice présente les preuves et le danger d'une manière si percutante qu’elle emporte toute l’attention » (Beggs 2012). Les deux citations formulent, de manière populiste, quels sont les enjeux, ainsi que la problématique politique et théorique : comment transmettre les connaissances scientifiques au public, les images et les histoires qui peuvent décrire le changement climatique avec précision, et comment filtrer la masse d'informations. Cependant, lorsqu’on réfléchit à la construction du sens du documentaire Chasing Ice pour le public (dans la bande-annonce, les critiques, les interviews, etc.), il apparaît clairement qu'il ne s'agit pas simplement de savoir comment filtrer la masse d'informations, mais plutôt comment transformer les informations filtrées en images et en histoires. Ce sont celles-ci que nous récupérons avec le produit culturel qu'est Chasing Ice, et non les faits filtrés.

        L'un des clips du documentaire qui a le plus circulé est celui qui montre le vêlage [**] de 7,4 kilomètres cubes du glacier Ilulissat au Groenland. Le clip officiel sur YouTube est devenu viral en étant présenté comme le « plus grand vêlage de glacier jamais filmé » [5]. Le 12 décembre 2012, une version de 3 min 45 s du clip (provenant de l'Extreme Ice Survey) a été publiée dans la section Environnement de TheGuardian.co.uk, sous le titre « Le film Chasing Ice dévoile le plus grand décrochage d’iceberg jamais filmé ». [6] Il n'y a pas de mise en contexte ni de reportage sur ce sujet, ni sur le rôle du documentaire dans la sensibilisation du public au changement climatique, ni sur la question du changement climatique en tant que tel, ni sur la science du climat. Les seules informations disponibles proviennent d’une brève description du clip qui porte uniquement sur la réalisation d’« images saisissantes » (Carrington 2012).

        Le clip porte exclusivement sur la beauté de l'événement du vêlage. La cinématographie est puissante et les images spectaculaires. Des plans larges soigneusement montés illustrent la masse abrupte du glacier, et de nombreux zooms conduisent habilement à des gros plans de la rupture. L'une de ces scènes se déroule entre 1 min 59 s et 2 min 07 s : un gigantesque bloc de glace noirâtre émerge de l'océan. Une accélération de la séquence donne à la glace une forme animale et on dirait une baleine à l'agonie qui s'enfonce lentement dans l'océan. À 2 min 40 s commence la narration qui place ce spectacle naturel à l'échelle humaine, avec la voix du réalisateur Jeff Orlowski : « La seule façon de vraiment essayer de le mettre à l'échelle avec des références humaines est d'imaginer Manhattan. Tout d'un coup, tous ces immeubles se mettent à gronder, à trembler, à se détacher, à tomber, à s’effondrer et à rouler. Cette ville imposante s'effondre totalement devant vos yeux. [Pause] Nous sommes juste des observateurs. Deux petits points sur le côté de la montagne. Et nous venons de scruter - et d'enregistrer - le plus grand événement au monde de vêlage de glacier jamais filmé ».

       Le texte « Durée du vêlage : 75 min » termine le récit et souligne l'ampleur de ce qui se passe. Nous voyons donc ici le type de narration à l'œuvre pour donner un sens à cet événement physique. Cependant, les commentaires sur le clip officiel sur YouTube portent principalement sur le facteur « waouh » du texte : « impressionnant », « spectaculaire », « époustouflant » et « magnifique » sont quelques-uns des termes utilisés. Il y a quelques commentaires demandant comment, face à ces preuves, certains peuvent encore douter du changement climatique, mais seuls quelques commentaires, sur plus de 8000, vont au cœur de ce clip. Un certain Brady Sharrett, dont l'avatar est d'ailleurs une photo de Earthrise, déclare : « Au moins, il y a un côté positif à la destruction des glaciers : le plaisir des yeux ». L’ensemble du film a été critiqué pour ces visions spectaculaires. Doris Toumarkine (2012) souligne l’absence de légitimité scientifique du film et que son message important sur la fonte des glaces est presque « évanoui, car les visions spectaculaires volent la vedette ». Les discours, les intentions et les techniques utilisés pour attirer l'attention des consommateurs sont clairement mis en évidence dans l'utilisation des clips de Chasing Ice : l'objectif n'est pas d'éduquer ou de rendre le public plus instruit, mais de produire un engagement immédiat et une réponse affective.

        Cela soulève la question au cœur des représentations du changement climatique dans les médias populaires : peuvent-ils informer de ce qui se passe, ou ne peuvent-ils jamais être qu'un spectacle de divertissement (même si le divertissement consiste à regarder la catastrophe) ? Les médias en général, et les médias populaires en particulier, ont été critiqués pour avoir remplacé les espaces et les discours de l’esprit critique et de l'engagement politique par le divertissement et le spectacle. Dans le même temps, cependant, les médias - en particulier les médias d'information et, de plus en plus, les documentaires - sont au cœur du processus d'éducation du public sur le changement climatique. Et comme nous l'avons vu au début de cet article, le documentaire sur le changement climatique se positionne comme le pourvoyeur des connaissances et des informations nécessaires à la réflexion politique sur la question. Cependant, on peut soutenir que les médias, en tant que domaine culturel, sont dominés par la logique du marché (Bourdieu 1993, 1998 ; Mattelart et Mattelart 1992) ; ceci est contraire à leur rôle social en tant que quatrième pouvoir et espace de la sphère publique.

      L'argument avancé à l'encontre de la culture populaire est qu'elle est dominée par le spectacle, et il existe de nombreuses traditions qui considèrent l'ensemble du champ des médias comme des médias-spectacles (journalisme, cinéma, etc.). Selon ces théories, le spectacle produit des réponses affectives chez ses spectateurs, et ce pour plusieurs raisons : de toute évidence, le maintien de l'attention assure la poursuite et la naturalisation de la consommation de textes et de produits en générant un attachement et un engagement forts envers les éléments médiatiques - la couverture d'une catastrophe naturelle, d'un événement politique, du scandale d'une célébrité ou d'un fait divers qui peut être rendue attrayante pour un large public. Comme l'a affirmé Claude Lefort (1986), ce qui est essentiel pour les médias, ce n'est pas la communication (de la connaissance, de l'information ou du développement ou des questions socioculturelles) mais la performance de celle-ci. Lefort atteste que pour les médias en tant que spectacle, le contenu est largement arbitraire, voire non pertinent ; ce que les médias produisent, ce sont des lieux qui captent l'attention.

   Quelles en sont les conséquences sur la qualité des représentations du changement climatique ? Il est tentant d'interpréter ce qui est diffusé dans les médias comme un simple divertissement. Mais la culture populaire, comme nous le savons, a le pouvoir de façonner et de refléter les attitudes politiques et la façon dont les gens en viennent à comprendre le monde. Comme le montre le phénomène des Simpson, les gens ne font pas nécessairement la distinction entre réalité et fiction (Peach 2011). De même, la perception de textes tels que État d’urgence (2004) de Crichton ou Le jour d’après (2004) d'Emmerich montre que ce sont ces médiations populaires qui laissent une impression, et donc influencent la façon dont les gens abordent et ressentent une question.

        On peut dire que Chasing Ice ne négocie ces questions que sur le plan affectif. L'impact de l'accent mis sur les images d'une beauté envoûtante est exprimé dans les critiques et les commentaires sur le film, comme celui de Robert Redford : « Vous n'avez jamais vu de telles images auparavant... cela mérite d'être vu et ressenti sur grand écran ». Le rôle de l'affectif et la question de la relation entre l'émotion et le comportement seront un terrain d'études crucial lorsqu'il s'agira d'analyser les textes et les récits qui traitent du changement climatique. Il est au cœur de la question de savoir si la relation entre la culture populaire et le changement climatique peut jouer un rôle informatif.

 

      La manière dont nous sommes capables d’évaluer le pouvoir des visions spectaculaires devra être un objet d'études tout aussi crucial. La compréhension de cet aspect devra faire partie de notre évaluation de la qualité et de l'efficacité de la communication sur le changement climatique. Dans le cas du clip sur le vêlage d’iceberg de Chasing Ice, c'est l'esthétisation de la catastrophe qui fonctionne. Et dans ce cas, « l'information » (par TheGuardian.co.uk qui se contente de faire circuler la vidéo) fait partie du processus par lequel la catastrophe devient autre chose, est transformée en objet esthétique. Ainsi, notre relation à la catastrophe et à l'événement change. En pensant aux icebergs qui se détachent comme l'un des effets catastrophiques du changement climatique et aux conséquences de la fonte des glaces de l'Arctique et de l'Antarctique pour la planète, nous observons quelque chose d'extrêmement beau. Et c'est ce sentiment qui perdure.

 

      Comment conserver la politique dans ces représentations, si l'esthétique ou le spectacle fait effectivement disparaître la politique ? Il y a peu de place dans le spectacle pour la politique ou la connaissance. Si les militants et les cinéastes essaient de conserver la politique et de jouer la carte du spectacle en même temps, ils doivent bien s’y prendre pour travailler avec les médias. Comme le dit un ami militant écologiste : « Il vaut mieux avoir l'esprit clair, sinon le spectacle vous mange ». L'analyse des clips de Chasing Ice, ainsi que des autres exemples, a montré comment les représentations de la culture populaire sur les questions et les événements sociopolitiques sont produites et déployées. Elle a également montré comment ces représentations sont liées aux logiques de la marchandisation et du consumérisme et y participent.

Chasing Ice, James Balog, 2012 © Submarine Entertainement - National Geographic

Le message du changement climatique : récits stratégiques et éducation aux médias

   Ce sont de plus en plus les médias populaires qui transmettent au public des connaissances scientifiques complexes et qui constituent une source primaire d'informations sur le changement climatique (Wilson 2000 ; Boykoff MT 2011). Alors comment faire ? Comment les acteurs sociaux s'y prennent-ils, compte tenu des difficultés liées à la logique des médias évoquée précédemment ?

         Les exemples abordés ici soulèvent la question de savoir si, en participant via les médias, les acteurs sociaux ne font finalement que produire un autre spectacle médiatique. C'est la question clé à laquelle il faut répondre concernant la discussion du changement climatique dans les médias. Existe-t-il un moyen d'échapper à la production d'un autre spectacle médiatique, et si oui, quel est ce moyen ? Beaucoup ont mis en garde contre l'esthétisation de la catastrophe, en raison de sa proximité avec le plaisir visuel. Les événements et expériences catastrophiques doivent-ils être transformés en images, afin d'être regardés avec un plaisir esthétique et perdre ainsi la réalité de la catastrophe et de sa politique ? Par l'action de la représentation, la catastrophe devient quelque chose d’autre, elle est transformée en un produit culturel à consommer. En même temps, en l’absence de ces représentations, comment pouvons-nous avoir connaissance de ces événements ?

      Lorsque nous rendons la catastrophe esthétique, y a-t-il toujours une disjonction de l'esthétique et du politique ? Sommes-nous seulement capables de fixer notre regard sur la catastrophe et d'être fascinés par celle-ci, envoûtés par ses plaisirs « sublimes » ? Ou existe-t-il un moyen de garder l’aspect esthétique sans nous faire sortir du domaine de la politique et de l'action politique ? Y a-t-il un moyen pour que de telles représentations puissent nous aider à comprendre les événements à l'origine de la catastrophe ? Au début de Chasing Ice, Balog thématise la nécessité de montrer la catastrophe par de belles images, car, dit-il, si l'on montre la dure réalité, les gens seront rebutés et ne prêteront pas attention aux enjeux. Cette question de l'esthétisation de la catastrophe, que défend Balog, donne le ton à l'ensemble du documentaire.

         Ce que Balog essaie de faire ici est un exemple de ce que la culture populaire peut faire : je suggère que les représentations populaires du changement climatique essaient de trouver des modes de représentation vers la connaissance et le discours moral, et ouvrent ainsi des espaces pour la critique, et, par conséquent, pour l'action politique. Ce serait un antidote possible à la disjonction de l'esthétique et de la politique.

     Certaines des représentations populaires du changement climatique montrent que leur pouvoir ne réside pas seulement dans leur potentiel d'esthétisation, mais aussi de politisation. Il a été démontré que État d’urgence (2004) de Crichton et Le Jour d'après (2004) d'Emmerich, par exemple, ont influencé les cercles de politique publique et ont contribué à sensibiliser le public au changement climatique (Petersen et al. 2005, Boykoff et Boykoff 2007, Lowe et al. 2006). Pour autant, ce pouvoir n'advient pas par la seule production de ces représentations ; il faut qu'il y ait en revanche conjonction avec l'acculturation que nous opérons au travers de notre consommation et de notre ressenti de ces représentations.

        Lorsqu'il s'agit de comprendre la politique et l'action, Hannah Arendt (1998) a soulevé un point crucial dans son livre La condition humaine : les êtres humains ont des capacités politiques inhérentes parce qu'ils sont des êtres humains, et parce qu'ils sont pluriels ; chacun d'entre eux est capable de concevoir de nouvelles perspectives et de nouvelles actions. Par conséquent, ils ne s'intègrent pas dans des modèles bien rangés et prévisibles. Ils ne s'y adapteraient que si ces capacités politiques étaient écrasées.

       Ce point sur les capacités politiques inhérentes - la capacité d’entreprendre de nouvelles actions en raison d'une pluralité de perspectives - est utile pour réfléchir au changement climatique et à la culture populaire. Cette dernière est le foyer du désordre et de l'imprévisibilité qu'Arendt décrit comme essentiels au changement. La culture populaire est également le foyer de l'imagination. Et, comme on a l’habitude d’en discuter lors de discours sur l'art, lorsque les gens peuvent imaginer des choses, ils peuvent les faire ; c'est là que réside le pouvoir de la fiction et de l'imagination. La communication formelle sur le changement climatique est un nouveau récit indispensable sur la crise accablante où les nouvelles ne font qu'empirer. Compte tenu des résultats scientifiques, cela est nécessaire ; le changement, cependant, ne peut venir que de l'espoir et de la conviction que l'on peut changer les choses (Bloch 1995, Hamilton 2013). La culture populaire, avec ses histoires et son imaginaire, pourrait être le lieu permettant d'imaginer de nouvelles solutions, de favoriser de nouvelles perspectives et de proposer de nouvelles actions. Et la recherche dans ce domaine pourrait nous donner accès à des espaces discursifs puissants, des espaces où l'engagement vis-à-vis du changement climatique (engagement cognitif, affectif et comportemental) se produit.

Références

 

Arendt, Hannah, The Human Condition. Chicago: University of Chicago Press, 1998

Beder, Sharon, Global Spin: The Corporate Assault on Environmentalism. Rev. ed., Melbourne: Green Books, 2002

Beggs, Scott, Chasing Ice Trailer: Watch Global Warming Happen Right Before Your Eyes, Filmschoolrejects.com, November 20, 2012

Bloch, Ernst, The Principle of Hope. Cambridge, Mass. : MIT Press, 1995

Bourdieu, Pierre, The Field of Cultural Production. New York: Columbia University Press, 1993

Boykoff, Maxwell T., Who Speaks for the Climate? Making Sense of Media Reporting on Climate Change. Cambridge: Cambridge University Press, 2011

Boykoff, Maxwell T. et Jules M. Boykoff, "Climate Change and Journalistic Norms: A Case

Study of US Mass-Media Coverage". Geoforum 38 : 1190-1204, 2007

Carrington, Damian. "Chasing Ice Movie Reveals Largest Iceberg Break-up Ever Filmed - Video". Guardian.co.uk, December 12, 2012

"Chasing Ice: Official Trailer." 2012. YouTube, September 4.

Chrichton, Michael, State of Fear. New York: Avon Books, 2004

Hamilton, Clive, "What History Can Teach Us About Climate Change Denial". In Engaging With Climate Change: Psychoanalytic and Interdisciplinary Perspectives, edited by Sally Weintrobe, 16-32. New York: Routledge, 2013

Lefort, Claude, The Political Forms of Modern Society. Cambridge, Mass. : MIT Press, 1986

Mattelart, Armand and Michele Mattelart, Rethinking Media Theory: Signposts and New Directions. Minneapolis: University of Minnesota Press, 1992

Peach, Sara, " 'The Simpsons' Take On Climate Change ". Yale Climate Connections, February 5 2011

Petersen, Alan, Alison Anderson, and Stuart Allan, "Science Fiction/Science Fact: Medical Genetics in News Stories". New Genetics & Society 24 : 337-353, 2005

Toumarkine, Doris, "Film Review : Chasing Ice.", Filmjournal.com, November 9, 2012

Wilson, Kris, "Communicating Climate Change Through the Media: Predictions, Politics and Perceptions of Risk". In Environmental Risks and the Media, edited by Stuart Allan, Barbara Adam, and Cynthia Carter, 201-217. New York: Routledge, 2000

[*] Angi Buettner, School of English, Film, Theatre and Media Studies, Université Victoria de Wellington, Nouvelle-Zélande.

[1] Traduction d’une citation d’Andrew Pulver dans The Guardian en 2015 : "a head-on challenge to climate change deniers"

[2] https://www.theguardian.com/film/2014/sep/21/inconvenient-truth-evolution-climate-change-film

[3] “Watch climate change happen right before your eyes”

[4] Bande annonce < https://www.youtube.com/watch?v=eIZTMVNBjc4 >

[**] Vêlage : formation d’un iceberg par dislocation d’un glacier (Charcot, loc. cit.)

[5] "Chasing Ice" capture le plus grand vêlage de glacier jamais filmé - Vidéo officielle 2012, <https://www.youtube.com/watch?v=hC3VTgIPoGU>.

[6] "Chasing Ice movie reveals largest iceberg break-up ever filmed"